Voici quelques jours, étant en avance pour un rendez-vous, je déambule dans une formidable et célèbre librairie parisienne du quinzième arrondissement, Le Divan. Je charge mes mains de quelques polars : Dernière soirée de Lisa Gardner et La Femme de ménage voit tout, le troisième volume de la célèbre saga de Freida McFadden.
Parvenu à la caisse pour régler mon dû, mes yeux scrutent quelques livres mis en avant. Mon regard est attiré cet opuscule des Éditions de minuit dont le titre tient en sept lettres : Liberté. Écrit par Paul Eluard, ce texte que je tiens entre mes mains est l’un des poèmes les plus extraordinaires et les plus importants du XXe siècle. L’avais-je déjà lu dans son intégralité ? Ce n’est pas certain. Je l’ajoute aux deux polars déjà en mains.
Histoire du poème Liberté, de Paul Eluard
Les premiers mots de Liberté sont écrits en 1941, dans un Paris occupé. Paul Eluard décide d’adresser un long poème à sa femme, alors hospitalisée. Il prévoit que le dernier mot sera le nom de l’être aimé. Mais le texte prend une autre tournure. Paul Eluard n’a qu’un seul mot en tête au cours de l’écriture : Liberté. Les sept lettres qui terminent finalement son texte. Sept lettre qui viennent en écho avec un sujet qui a été au cœur de plusieurs textes que j’ai écrits l’an dernier : l’emprise.
En 1942, le poème composé de vingt-et-un quatrains est diffusé clandestinement et devient un symbole de résistance face à l’oppression allemande. Il circule dans les milieux résistants, est lu dans les écoles. En mai et juin 1943, Liberté est largué par les avions britanniques de la Royal Air Force au-dessus des villes de Nantes, Orléans, Lille et Caen.
En 1945, le texte sort de la clandestinité pour être publié par Les Éditions de minuit, créées en 1941 dans l’ombre. Les Éditions de minuit qui l’éditent toujours aujourd’hui pour un prix très accessible : 4,90 euros. Moins de cinq euros pour un texte si extraordinaire.
Extrait du poème Liberté, de Paul Eluard
J’ai relu ces jours-ci les vingt-et-un quatrains de Liberté. Quelle puissance ! Je ne résiste pas à reproduire ses dernières lignes si pertinentes à l’heure où le monde est si bousculé, à l’heure où la fraternité et la paix sont tancées, à l’heure où nos vies sont parfois enfermées dans de mauvais carcans.
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.Paul Eluard
Sept lettres pour refaire sa vie. Sept lettres pour refaire le monde
Sylvain Seyrig, coach professionnel à Paris et en ligne
• Liberté, de Paul Eluard, Les Éditions de minuit, 1945, 4,90 euros
• Librairie Le Divan, au 203 rue de la Convention, 75015 Paris